Équipe de recherche de la MUN (Terry Young, Kathy Hodgkinson, Dr Sean Connors, Dr Daryl Pullman) : La collaboration pour déjouer la « malédiction mortelle de Terre-Neuve »

Date: le mercredi 23 mai 2018

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On dit souvent que le travail d’équipe est important pour l’innovation. Or un groupe de professeurs primé de la faculté de médecine de la Memorial University of Newfoundland (MUN) à St. Jean (T.-N.-L.), a démontré que le travail d’équipe est en fait essentiel.

Les docteurs Terry Young, Sean Connors, Kathy Hodgkinson et Daryl Pullman ont identifié une mutation génétique mortelle ayant causé la mort cardiaque subite chez 25 familles à Terre-Neuve-et-Labrador, réussissant ainsi là où plusieurs autres groupes internationaux bien connus ont échoué. Ils ont mis en place des méthodes de détection de la maladie et des traitements préventifs qui sauvent des vies. Ils sont aussi à l’origine d’un important virage en ce qui concerne la surveillance de l’éthique dans la province.

« Nous voulions désespérément trouver ce gène pour sauver des gens », explique la Mme Young, chef d’équipe et généticienne moléculaire à la MUN.

Connue sous le nom de « Newfoundland Curse », ou malédiction de Terre-Neuve, la mutation cause la CVDA, une forme rare de cardiomyopathie. Dr Connors, cardiologue à la MUN, explique que chez les jeunes hommes atteints de la CVDA, 50 pour cent en mourront d’ici l’âge de 40 ans et 80 pour cent en mourront d’ici l’âge de 50 ans. Du côté des femmes, les taux s’élèvent à 5 et à 20 pour cent.

« Pour plusieurs d’entre eux, le premier symptôme sera probablement la mort, dit-il. Nous savions qu’il se passait quelque chose dans ces familles, mais nous n’avions pas d’indicateur clair pour identifier qui était à risque et qui ne l’était pas. »

La Mme Hodgkinson, épidémiologiste clinique à la MUN, suit la progression de la maladie mortelle auprès des familles de la province depuis 20 ans, initialement en qualité de conseillère en génétique. « La recherche en génétique est complexe; pour réussir, il faut que ce soit bien fait », dit-elle. Elle souligne que les cas de CVDA ont soulevé plusieurs questions éthiques, dont les suivantes : Comment les individus potentiellement à risque devraient-ils être informés de l’enrichissement des connaissances? Les chercheurs étrangers devraient-ils révéler leurs découvertes aux résidents de la province?

Mme Young explique qu’elle était « l’une des dernières à se joindre à la chasse aux molécules ». Par un jour enneigé en janvier 2004 – submergée de travail avec tout juste neuf mois d’expérience dans son premier poste universitaire –, Mme Hodgkinson l’a fait venir à la morgue.

« Il y avait un cœur sur la table en métal. La moitié était belle, l’autre était toute grasse et flasque. Kathy a dit : « C’est le cœur d’un homme de 43 ans. Il est tombé raide mort devant ses enfants alors qu’il pelletait sa cour la fin de semaine dernière », se rappelle Mme Young. Puis elle m’a demandé :

« Acceptes-tu ce projet, oui ou non? » Les larmes coulant sur mes joues, j’ai tourné les talons et j’ai dit oui. »

Le dossier était monumental. En effet, des chercheurs allemands et américains avaient frappé un mur. « Ce sont de grandes familles, de dix à douze générations. Il y avait des centaines d’échantillons. Qu’est-ce qui avait échappé aux autres équipes?, lance Mme Young. Nous avons procédé de façon systématique et approfondie. Il a fallu beaucoup d’argent et de gens travaillant à temps plein pour y arriver.»

La recherche incite changement législatif à Terre-Neuve

La mutation, nommée TMEM43, a finalement été isolée au début de 2007, dit-elle.

« C’était assez émouvant…Nous pouvions tester n’importe quel patient dans le monde, même sans avoir l’historique familial. Ce n’était plus seulement une découverte génétique : nous avions maintenant un test présymptomatique. »

Dr Connors a conçu un programme dans lequel chaque membre de la famille présentant cette mutation peut recevoir un défibrillateur automatique implantable (DAI), un dispositif qui détecte la fréquence cardiaque anormale et envoie une décharge électrique interne pour rétablir une fréquence cardiaque normale.

En plus de la thérapie qui sauve des vies, l’équipe de la MUN est à l’origine de grands changements dans la réglementation de la recherche en génétique dans la province. Dr Pullman, éthicien médical à la MUN, a aidé à élaborer la législation pour s’assurer que toute la recherche effectuée avec des sujets humains à Terre-Neuve-et-Labrador est examinée par un comité d’éthique local.

Selon le Dr Pullman, il y a aussi eu des changements limitant le niveau de confidentialité de l’information médicale pour les troubles génétiques, afin que l’information qui permet de sauver des vies puisse maintenant être partagée. Dans un autre ordre d’idées, les résultats de la recherche qui utilisent les données de la « population fondatrice » doivent être utilisés au profit des habitants de Terre-Neuve-et-Labrador.

Partenaires internationaux corrigent la mutation

Mme Young explique que c’est par l’intermédiaire des ancêtres originaires d’Europe du Nord venus à Terre-Neuve que la mutation est survenue. Le fait que les familles sont nombreuses et que le bassin génétique est limité a contribué à la concentration de cette mutation. Un phénomène qui serait millénaire et se produit partout, si bien que la recherche de la MUN a un impact mondial. « Le gène revêt un intérêt international », dit-elle, notant qu’il fait partie des 20 éléments à communiquer absolument de l’American Society of Human Genetics.

La MUN collabore avec plusieurs groupes internationaux pour corriger cette mutation génétique, précise-t-elle, car le traitement actuel à l’aide des DAI « n’arrête pas la pathologie de la maladie ». Pendant ce temps, le succès de l’équipe permet de tirer une leçon, celle que « l’excellence scientifique n’arrive pas juste dans les grands centres, assure Mme Young. Elle peut être le fruit de belles collaborations entre grands scientifiques. »

Notre plus grand moment de fierté …

… était le jour du printemps 2007 où nous avons découvert la mutation génétique mortelle qui causait la mort cardiaque subite. Nous nous faisions des accolades, nous pleurions… Nous avons eu notre lot d’émotions dans le labo, plus que dans les histoires de labo habituelles.

—Mmes Terry Young et Kathy Hodgkinson

Nous sommes surtout inspirés par …

… la résilience et le courage des familles frappées par ce trouble génétique. Les histoires de famille ont révélé avec éloquence les drames que ces familles ont dû traverser. Nous avons écouté les récits de ces familles de Terre-Neuve-et-Labrador qui sont liées par une histoire commune et par une passion pour leur province. Des récits teintés de stoïcisme, de résilience et de courage.

—Mme Kathy Hodgkinson et Dr Sean Connors

Notre recherche est significative …

… parce que notre travail a touché la vie des gens et qu’il a permis d’adopter des lois. Nous remercions les nombreux patients et les familles avec qui nous avons eu la chance de collaborer, ainsi que nos partenaires de recherche du Memorial.

—L’équipe de la MUN

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