Le Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale recommande un contrôle plus serré et des réinvestissements stratégiques pour renforcer les bases de la recherche canadienne indépendante

04/10/2017

 Le Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale recommande un contrôle plus serré et des réinvestissements stratégiques pour renforcer les bases de la recherche canadienne indépendante

Communiqué
Le 10 avril 2017 — Ottawa

Le gouvernement du Canada a publié aujourd’hui le rapport final du Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale au Canada. L’étude avait été commandée par la ministre des Sciences, l’honorable Kirsty Duncan. Le rapport du groupe d’experts examine en détail les mécanismes entourant le financement fédéral à l’appui de la recherche menée dans des établissements universitaires et des instituts de recherche partout au Canada, ainsi que les niveaux du financement. Il présente une stratégie pluriannuelle pour améliorer le contrôle et la gouvernance de ce que les membres du groupe d’experts appellent « l’écosystème de recherche ». Le rapport recommande entre autres que de nouveaux investissements majeurs soient faits pour restaurer le soutien à la recherche de première ligne et renforcer les bases de la science et de la recherche au Canada en cette période décisive de l’histoire mondiale.

Cet examen est le premier du genre depuis plus de 40 ans. Même si la portée de l’examen s’étendait principalement aux quatre grands organismes subventionnaires fédéraux qui appuient la science et aux demandes des universitaires dans toutes les disciplines, le rapport offre aussi une perspective très large des mécanismes de gouvernance en place, qu’il s’agisse de plus petits organismes ou d’installations servant aux grands projets scientifiques. Un autre enjeu qui a été examiné de près par le groupe d’experts est celui des répercussions de la structure actuelle de financement sur l’avenir des chercheurs en début de carrière, un groupe qui comprend une forte proportion de femmes et dont le profil est plus diversifié que celui des générations précédentes de scientifiques et d’universitaires.   

Les délibérations du groupe ont été enrichies par les résultats du vaste processus de consultation. Le groupe a reçu 1 275 soumissions écrites de la part d’individus, d’associations et d’organismes. Il a aussi organisé une douzaine de tables rondes dans cinq villes et mobilisé près de 230 chercheurs à différentes étapes de leur carrière.

Les conclusions du rapport sont, entre autres, les suivantes :

  • La recherche fondamentale réalisée dans le monde entier est responsable de la plupart des avancées technologiques, médicales et sociales qui font que notre qualité de vie aujourd’hui est bien meilleure qu’elle ne l’était il y a un siècle. Les scientifiques et les universitaires canadiens ont grandement contribué à ces avancées au cours des décennies. Cependant, diverses mesures indiquent que la compétitivité du Canada en matière de recherche s’est érodée au cours des dernières années.
  • Cette tendance a émergé durant une période où il y avait une réduction de plus de 30 % du financement réel par personne pour la recherche indépendante ou la recherche menée à l’initiative des scientifiques et des universitaires de première ligne dans les universités, les collèges, les instituts et les hôpitaux de recherche. Cette baisse est le résultat des gels de financement fédéral aux conseils subventionnaires et d’une répartition inégale des fonds en faveur de la recherche axée sur les priorités et les partenariats.
  • Le Canada bat de l’aile par rapport aux autres pays puisque la proportion fédérale du financement octroyé représente moins de 25 % du total des dépenses relatives à la recherche-développement dans le secteur de niveau universitaire. Cependant, alors que le Canada vient en tête pour le total des dépenses dans ce secteur, exprimées en pourcentage du PIB, les établissements assument eux-mêmes 50 % des coûts au détriment tant de la recherche que de l’enseignement.
  • La coordination et la collaboration entre les quatre organismes subventionnaires ne sont pas optimales. Les soutiens aux divers aspects de la recherche, comme l’infrastructure, les coûts de fonctionnement et les bourses personnelles, ne sont pas suffisamment harmonisés. La gouvernance et les pratiques administratives varient sans raison valable; et le financement dans certains secteurs, comme les partenariats internationaux ou la recherche multidisciplinaire, est inégal.
  • Dans certaines disciplines, les chercheurs en début de carrière ont de la difficulté, et il n’existe au Canada aucune stratégie de soutien aux opérations ou au personnel de recherche.
  • Certains programmes phares qui financent l’embauche de personnel, dont le programme des Chaires de recherche du Canada, n’ont pas vu leur valeur augmenter depuis l’an 2000. Les niveaux de financement et le nombre de bourses décernées aux étudiants et aux stagiaires postdoctoraux n’ont pas été ajustés pour tenir compte de l’inflation et de ce qui se passe dans des pays comparables au nôtre, ou du nombre de postulants.

Le rapport définit aussi les grandes lignes d’un programme complet visant à consolider les fondements de la recherche extra-muros au Canada. Les améliorations recommandées en ce qui a trait à la supervision sont les suivantes :

  • la création, par voie législative, d’un conseil consultatif national sur la recherche et l’innovation (CCNRI), qui travaillerait en collaboration étroite avec le nouveau Conseiller scientifique en chef (CSC) du Canada, à hausser la barre en matière d’évaluation continue de l’ensemble des programmes de recherche;
  • des améliorations diversifiées pour assurer la supervision et la gouvernance des quatre organismes subventionnaires, notamment la nomination d’un conseil présidé par le CSC;
  • la gouvernance du cycle de vie des installations de recherche de portée nationale et des méthodes améliorées de supervision et de suivi de la croissance du financement ponctuel des entités de recherche plus petites à but non lucratif.

Pour ce qui est du financement, le Comité consultatif recommande que des réinvestissements majeurs soient effectués sur une base pluriannuelle dans la recherche de première ligne, et qu’ils soient axés sur plusieurs secteurs de besoins identifiés. Chaque recommandation est assortie de mesures de rendement et vise l’atteinte d’améliorations à long terme dans la capacité de recherche du Canada. Les recommandations du comité consultatif, qui seraient échelonnées sur quatre ans, feraient passer les dépenses annuelles totales des quatre grands organismes fédéraux et des entités connexes d’environ 3,5 milliards de dollars à 4,8 milliards de dollars en 2022. L’objectif est d’assurer que le Canada bénéficie d’une concentration plus large de scientifiques et d’universitaires de calibre mondial qui peuvent faire d’étonnantes découvertes et générer des idées novatrices, tout en formant et en inspirant la prochaine génération de chercheurs, d’innovateurs et de leaders.

Compte tenu de la concurrence mondiale, des conditions actuelles qui règnent au sein de l’écosystème de recherche, du rôle de la recherche à l’appui de l’innovation et de la formation des innovateurs, et du besoin de données probantes pour éclairer l’élaboration des politiques, le Comité croit fermement que ces investissements seront parmi les plus rentables que puisse réaliser un gouvernement pour l’avenir du Canada.

Le rapport est publié sur le site Web de l’Examen du soutien fédéral aux sciences.

Citations

« Pour répondre au mandat confié par le premier ministre Trudeau et la ministre Duncan, le comité d’examen du soutien fédéral aux sciences a présenté une feuille de route complète pour assurer la primauté du Canada en matière de science et d’innovation à long terme. Le rapport contient des pistes nouvelles pour maximiser les investissements du Canada dans la recherche fondamentale en physique, en sciences de la vie et en sciences sociales, de même qu’en sciences humaines, et ce, de la manière la plus efficiente qui soit en termes de coûts. La mise en œuvre des recommandations du groupe d’experts fera du Canada une destination de choix pour les meilleurs talents au monde. Elle garantira aussi que les jeunes chercheurs canadiens pourront réaliser leurs rêves dans leur propre pays, récolter des prix Nobel et favoriser une économie prospère au Canada. Les scientifiques américains regarderont vers le Nord avec envie. »

— Robert J. Birgeneau, titulaire de la chaire Silverman et professeur de physique et de politiques publiques à l’Université de la Californie à Berkeley

« Nous avons porté une attention particulière non seulement aux données objectives sur le rendement et le financement, mais aussi aux nombreux enjeux soulevés par la communauté scientifique lors de nos consultations. J’espère sincèrement que le rapport servira pendant de nombreuses années aux décideurs en matière de politiques. »

— Martha Crago, vice-rectrice à la recherche et professeure en troubles de la communication humaine à l’Université Dalhousie

La science est le berceau de la civilisation moderne. En recommandant, dans notre rapport, l’augmentation stratégique et optimale des investissements dans la recherche en science fondamentale, nous voulons faire en sorte que les chercheurs de calibre mondial du Canada puissent continuer d’apporter leurs contributions majeures à la science, à l’industrie et à la société canadienne. Nous voulons aussi qu’ils puissent continuer d’éduquer et d’inspirer les prochaines générations, tout en permettant au Canada d’attirer les chercheurs les plus talentueux au monde. Le Canada doit se doter d’un milieu de recherche solide et stratégique, s’il veut renforcer sa compétitivité à l’échelle mondiale. La voie de l’avenir pour le Canada passe par les technologies, les nouvelles entreprises, les nouveaux emplois et la nouvelle création de valeur. »

— Mike Lazaridis, fondateur et partenaire de gestion, Quantum Valley Investments

« Cet examen a été mené de façon exhaustive. Les chercheurs consultés venaient de tous les horizons, qu’ils soient nouveaux dans le domaine ou renommés, ayant déjà cumulé de nombreuses années de carrière ambitieuse et bien établie. À tous les échelons, les chercheurs nous ont parlé des obstacles énormes qui freinent leur succès. Certains de ces obstacles touchaient leur carrière personnelle, comme les lacunes en matière de congé parental, ou encore la discrimination en matière de sexe, d’âge, de lieu géographique ou d’ethnicité. D’autres obstacles portaient sur les enjeux économiques, comme le déséquilibre entre les échéanciers et les priorités provinciales et fédérales, le manque de financement pour les opérations et l’entretien de l’équipement essentiel. »

— Claudia Malacrida, vice-rectrice associée à la recherche et professeure de sociologie à l’Université de Lethbridge

« Nous aimerions remercier la communauté scientifique qui a grandement contribué à cet examen. Nous avons tenu compte de leurs perspectives dans les recommandations que nous présentons pour améliorer le financement et la gouvernance des programmes de soutien à la science fondamentale. Cela permettra de régler les déséquilibres causés par les programmes qui étaient récemment axés davantage sur l’industrie, et d’améliorer la science et l’innovation au Canada »

— Arthur B. McDonald, professeur émérite de l’Université Queen’s

« Ce rapport présente un programme pluriannuel qui, s’il était mis en œuvre, pourrait transformer la capacité de recherche au Canada et produire des effets à long terme dans tout le pays. Il offre au gouvernement l’occasion de passer à l’histoire et de se positionner comme un chef de file en matière de promotion de la science et de la prise de décisions fondées sur des données probantes. J’espère vivement que le premier ministre agira de manière décisive en faveur de nos recommandations. »

– C. David Naylor, professeur de médecine, Université de Toronto (président du Comité)

« Le rapport met de l’avant tous les ingrédients nécessaires pour faire progresser la recherche fondamentale et donner au Canada la place qui lui revient en tant que nation du savoir de premier plan. Notre pays a ici une rare occasion à saisir pour transformer de fond en comble la filière de la recherche au pays et pour jeter les bases nécessaires à l’établissement d’un futur marqué par l’innovation, la prospérité et le bien-être. »

— Martha C. Piper, rectrice émérite de l’Université de la Colombie-Britannique

« Notre rapport indique clairement la route à suivre. Maintenant il revient au gouvernement de veiller à ce que le Canada devienne un véritable chef de file mondial tant dans l’organisation que dans le soutien financier à l’appui de la recherche fondamentale. »

— Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec

« La décision du gouvernement d’entreprendre cet examen reflète un solide engagement de sa part à l’égard de la recherche fondamentale. J’espère que la publication de notre rapport donnera au gouvernement et au milieu de la recherche l’élan nécessaire pour prendre les mesures qui s’imposent pour renforcer la capacité du Canada en matière de découverte et d’excellence en recherche. L’établissement d’un écosystème de recherche qui soutient la diversité des universitaires qui effectuent des recherches, peu importe la discipline ou l’étape où ils sont rendus dans leur carrière, sera avantageux pour le Canada et la prochaine génération d’étudiants et de citoyens alors que nous allons de l’avant pour répondre aux défis sociaux, technologiques, économiques et écologiques de l’heure. »

— Anne Wilson, professeure de psychologie à l’Université Wilfrid Laurier

Les faits en bref

  • Le Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale est un groupe indépendant et non partisan dont le mandat est de fournir des conseils et des recommandations à la ministre des Sciences sur ce qui peut être fait pour améliorer les programmes et les initiatives axés sur les sciences au fédéral.
  • Le groupe d’experts avait comme mandat de relever les lacunes qui existent dans le système fédéral de soutien à la recherche fondamentale et de proposer des solutions pour y remédier.
  • Le mandat de l’examen touchait les conseils subventionnaires fédéraux, ainsi que certains organismes financés par l’État, comme la Fondation canadienne pour l’innovation.

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Renseignements :

Sabrina Ahmad
Spécialiste en communications
Forum des politiques publiques
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